Le Chanvre dans le Saosnois

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Une culture pas comme les autres...

Originaire d’Asie Centrale, le Chanvre apparaît en Europe dès 1500 avant J.C.

L’espèce “ Cannabis ” se divise en deux parties :

- le “Cannabis Sativa”, chanvre commun

- et le “Cannabis Indica”, chanvre indien donnant après une préparation particulière le  hachish.

Plante dioïque, ses fleurs mâles en grappe et ses fleurs femelles en épis, sont portées par des pieds  distincts. Seul le brin femelle porte les graines oléagineuses, appelées “Chènevis”. Celles-ci pouvaient être utilisées pour l’alimentation de la basse-cour, l’huile qu’on en tire est excellente pour brûler, bonne pour la peinture et pour la fabrication du savon noir.

 

Récolte du chanvre

 

La culture du chanvre exige un sol riche et profond car c’est une plante qui ne supporte ni la sécheresse ni l’humidité. Après trois labours successifs en janvier, mars et mai, la terre est prête à être ensemencée début juin.

Le chanvre ne demandait alors plus aucun travail jusqu’à la récolte. Le sarclage était inutile car la plante levant très vite, étouffait toutes les mauvaises herbes.

Lors de bonnes conditions météorologiques, le chanvre pouvait pousser de 3 à 4 cm par jour. Cette croissance rapide assurait un excellent nettoyage des sols.

 

L'arrachage

Le chanvre était arraché à la main, par poignées de façon à ce que toute la tige soit utilisée y compris la racine.

Ce travail était particulièrement difficile ;  lorsque l’année était sèche, le sol était dur et la plante difficile à arracher ; lors d’une année humide, chaque tige arrachée enlevait une grosse motte de terre qu’il fallait secouer sur le soulier. Une fois arrachées, les poignées de chanvre étaient réunies en bottes ou bassons et regroupées par douzaine. 

La récolte de la graine se faisait en tapant les bassons contre les flans d’un tombereau “mis à cul ”, l’arrière reposant par terre. Les graines sont ensuite vannées pour les débarrasser de leurs détritus. Les meilleures étaient gardées  pour les semences.

 

Culture chanvre

Le rouissage

Après  l’arrachage,  on  procédait  au rouissage, macération prolongée dans l’eau, afin de faciliter la séparation de l’écorce et de la tige filamenteuse. Chargé sur les tombereaux, le chanvre était amené à la rivière ou aux ruissons, sortes de mares artificielles.

Là, il était placé sur des tuilées (radeaux) recouvertes de pierres et immergé. Le rouissage qui provoquait un appauvrissement de l’eau en oxygène entraînait une forte mortalité des poissons et empuantissait les rivières. L’eau devenait trouble et dégageait une forte odeur “pestilentielle”.

Le chanvre roui, les bassons étaient enlevés un à un et étalés dans les prés ou les chaumes de blé. Le soleil les séchait et la rosée les blanchissait. Les têtes attachées toutes ensemble, le chanvre finissait de sécher debout, en chapelle. Ensuite les bassons étaient stockés en raison des travaux d’ensemencement de blé après la récolte du chanvre.

Le séchage en four ne débutait que fin décembre.

 

Le séchage

Le four à chanvre que l’on peut confondre de loin avec un colombier est une bâtisse généralement circulaire en pierre.

 

Four à chanvre

(Four à chanvre à Saint Rémy du Val)


A l’intérieur, un plancher à claire-voie est surmonté d’une chambre d’environ trois mètres de hauteur, recouverte par un toit cônique.

Au sous-sol se trouve la chambre de chauffe où est installé un braséro à coke, combustible brûlant sans flamme.

Cette corbeille est surmontée d’un chapeau en tôle pour éviter les étincelles d’atteindre le chanvre en cours de séchage. On pouvait brûler aussi du bois, de la bruyère et surtout la chènevotte (débris résultant du broyage du chanvre).

Les bassons étaient enfournés debout sur la grille et chauffés à une température de 50 à 60°C pendant une dizaine d’heures. Sortis chaud du four, les bassons de chanvre étaient d’abord broyés. Ce travail avait pour but d’extraire la filasse en la séparant du bois de la tige. La filasse débarrassée de la partie solide s’appelle la grette.

Le broyage

Une brayeuse se composait de deux cylindres en fonte entrainés par une transmission à gros pignons qu’un manège à cheval, remplacé plus tard par un moteur, actionnait. On pouvait utiliser aussi une braie à main (ancêtre de la brayeuse).

Les bassons débarrassés des petites parcelles d’écorces, étaient tortillés autour d’une cheville. Une cinquantaine de ces bassons regroupés, les pelotes ou tords pouvaient peser une dizaine de kilos.

Le chanvre était ensuite engrangé et généralement destiné à la vente.

Le marchand achetait suivant la beauté du fil, sa propreté et sa solidité, pour la confection de linge ou encore pour la fabrication de cordage.

Les tisserands exerçaient leur talent dans la cave de leur maison car l’humidité empêchait la filasse de casser.

Témoins de cette activité, les maisons des vieilles rues de Mamers, où l’on peut encore remarquer cette ouverture en façade sous la fenêtre de la pièce principale comme  celles de la Rue de Cinq Ans ou Quai Adet.


Extrait des textes de Christian PYTEL

 

Afin de compléter vos connaissances sur le chanvre, n’hésitez pas à visiter :
La Maison du Chanvre et de la Ruralité à Saint Rémy du Val (02 43 34 08 76 ou 02 43 97 75 17)